Attention, nos chroniques ont des crocs n°041 !

 

    Ces quelques notes ne vous auront peut-être pas échappées ? Il y a en fait même un bon gros paquet de chance pour qu'elles se soient sournoisement infiltrées en vous, bande d'inconscients ! Quelle idée de laisser grandes ouvertes vos oreilles, et quoi, en plein hall de gare ? Tam tam ta dam... 4 notes, 4 minuscules notes dont l'oscillation minaudement calculée pour votre plus grand plaisir n'aura surtout pas manqué de vous matraquer l'esprit des heures durant. Le pic-vert marteleur, l'harcèlement sonore si subtil mais ô combien efficace, le bien nommé : "JINGLE" ! Et celui dont nous parlons se situe en pleine gare française, pour ne pas citer notre chère essen-c'est-effe... "chère" au sens pécunier j'entends. Maintenant c'est sûr, ça vous revient !

"Do Sol La Mi - Votre train de 9h38 pour Paris est annulé, nous le savons depuis plus de cinq jours mais avons continué de vous vendre les places jusqu'à maintenant, c'est-à-dire une heure avant le départ" Je l'ai faite courte celle-là, mais croyez-moi, je l'ai vécu, tout comme une bonne centaine de personne qui montaient sur Paris pour passer des concours ce jour-là.

"Do Sol La Mi", une super ambiance, ça a quand même fini avec les services d'ordre et compagnie

"Do Sol La Mi", une sacrée fiesta, qu'est-ce qu'on s'est marré ce jour-là ! Et surtout, qu'est-ce qu'on a apprécié le professionnalisme de l'essen-c'est-effe. Mais ça n'est pas tout à fait le sujet qui nous intéresse... Ah, on me dit que si en fait...

"Do Sol La Mi", oui parce que le site de l'essen-c'est-effe est dingue concernant ces 4 notes. Ils en font une espèce de produit sacré, pour ne pas dire divin, sans rire ça vaut le coup d'aller lire ces quelques lignes. Morceaux choisis et analyses, quasiment pris au hasard tant sont déversées des tonnes d'inepties qui encore une fois tuent la Musique (prenez votre voix la plus suave pour lire ses lignes, elles n'en seront que plus délectables) :

 

"Do Sol La Mi" - "L’abandon du carillon et l’introduction de la voix dans le jingle marquent une véritable rupture dans l’histoire ferroviaire"

Non, ça n'est pas du tout, mais alors pas du tout démesuré comme propos... mais enfin il y a quand même des gens de l'entreprise concernée qui ont commandé cette phrase, d'autres qui l'ont crée, d'autres l'ont validé et encore d'autres l'ont édité (en ligne et en rails)... enfin bon, passons sur cette minusculement infinitésimale source d'orgueil dissimulé sous une si épaisse couche de pudeur à peine voilée...

"Do Sol La Mi" - "Tel un logo sonore, le jingle permet au public de reconnaître immédiatement la marque qu’il représente, mais aussi de créer du lien."

Explicazionn !!! Lisez "créer du lien" et pensez le lien dans le sens "rencontre, partage, lien social etc..." et vous vous mettez le doigt dans l'incompréhension totale. Un lien, ça sert à quoi : à vous attacher, vous ligoter, vous entraver... C'est exactement ce qui est écrit dans cette phrase : "reconnaitre immédiatement la marque". Encore une belle utilisation de notre bonne vieille Musique...

"Do Sol La Mi" - "les différents détournements musicaux de ce jingle sont autant de preuves de l’attachement des Français à ces quatre notes."

The pompom of ze World !!! Là faut quand même m'expliquer l'attachement que l'on peut ressentir vis-à-vis de 4 notes pourries... pardon, j'ai dit "pourries" ?... non, je ne crois pas !... bref... La Musique est un pont émotionnel, c'est une certitude. Elle a ce pouvoir de se diluer dans nos souvenirs, nos ressentis et de restituer ces émotions simplement à la ré-écoute. Un exemple simple, hyper simple (sauf peut-être la syntaxe usitée justifiant par le style élancé une certaine longueur de la phrase... à vous de juger...) Prenez le plus mauvais des morceaux de Michel Saindoux (non mais je suis sympa, allez, cherchez pas trop : en fait n'importe lequel fera l'affaire) et imaginez qu'il soit passé à votre insu, tout droit sorti d'une Renault 5 GTI tunning de chez trop tunning genre Jean-Michel Jarre est un petit joueur en comparaison  des 2.723 km de lasers leds sous le capot et dont la fenêtre conducteur était aussi ouverte que la gueule béante de son woofer 2.500 watts que le type est en fait obligé de refaire complètement la visserie de sa renault 5 GTI  tout les 25 km tellement ça vibre, sans quoi sa caisse tomberait en pièces détachées en moins de deux mesures des "Lacs du Con et marant" (mais pas très drôle en fait...), et que pile à ce moment-là vous aviez choisi d'être à genou en train de faire votre plus belle demande à l'amour de votre vie. Cette demande qui vous aura levé toutes les nuits pour trouver le calcul juste de la formulation, qui vous aura fait souffrir de l'angoisse d'un refus. Car toute votre vie changerait après cette demande. Et là oui, ça y est, vous y étiez, genou au sol, le regard traduisant enfin en ces quelques mots le désir espéré depuis si longtemps, votre aimée pendue à vos lèvres tremblotantes et sèches. Et sur vos mots à peine sortis, la renault 5 GTI déversait subrepticement sa bouillie mal-entendante incrustant, tatouant à vie ce moment, ce tournant de votre vie : "Ah ben que, *TERRE BRÛLÉE* comment que dire chérie, en fait... veux-tu, *AUTOUR DES LACS* tu veux bien que... comment là déjà, oui que ben *C'EST LE DÉCOR* que je achète le nouveau écran plat là parque vraiment que *MAUREEN A PLONGÉ* les copaingues y z'en ont un vachement plus gros que le mien alors euh ben que voilà quoi...". Sous tant d'amour, la bien-aimée accepta dans un sourire infantile devant *ET DE GALWAY* son homme si beau, là, agenouillé à ses pieds. Lui qui pensa "oh con, *DANS LE COMPTÉ* j'ai la plus parfaite des meufs !", et elle qui pensa "dans max 2 jours je le largue comme une *CONNEMARA* !!!" BRAIIIIFFFFF (oui je m'agace moi-même...ou c'est peut-être cette chanson ?) : Chaque fois qu'il allumera son écran plat une petite chanson tournera dans sa tête et ouhaa il se sentira tellement bien avec *les Connor, Les O'Conolly, Les Flaherty Du Ring of Kerry...* sans même comprendre pourquoi. Quant à elle, elle se sera barrée aussi sec, et chaque fois qu'elle fera ses soirées retro entre copines trop des copines quoi et que passera le tube de Michel Saindoux (tient c'est bizarre ça non, un tube de Saindoux ?!), une image viendra la hanter, le souvenir d'un super blaireau avec qui elle a passé la moitié de sa vie ! Et oui, la Musique est un pont émotionnel, et j'ai plein d'autres exemples en réserve (si vous en voulez, n'hésitez pas, je vous propose simplement de m'écrire. Pour cela, veuillez bien me retourner un formulaire cerfa 2.55bis terra jaune daté de l'avant veille de l'apparation de l'imprimerie moderne, le cachet royal faisant foi...soyons simples entre nous !).

 

"Do Sol La Mi" Non mais en plus de ça, il y a des musiciens qui auraient utilisé ce jingle pour en faire un morceau ?! Enfin, surtout un, dont nous parlerons allègrement dans la seconde partie de cette Chronique a des Crocs...

 

 Et pour vérifier les mécanismes d'abrutissement des masses, un petit test s'impose :  ma main à couper que vous êtes maintenant tous capables de me donner les 4 notes de ce bon vieux jingle essen-c'est-effe...

... non ?


"Do Sol La Mi - nous vous prions de bien vouloir

patienter quelques instants avant l'arrivée de votre

prochaine Chronique a des Crocs prévue pour dans ..."