Attention, nos chroniques ont des crocs n°042 !

 

 Non mais... vraiment, là, je ne sais pas quoi dire. C'est pas que ça soit la page blanche, pas vraiment, du moins... l'écran blanc. Mais non, même pas, je sais pas là, bôf...

 Ah oui, mais non ! Outrage à notre bonne langue !!! Avez-vous bien entendu ce qui vient subrepticement d'apparaitre, de résister, de persifler, d'ignominer et d'outrer en haut du "o", chapeautant cette douce rondeur dont l'origine certifiée norme ISO 24.56 par the Académie of the French Light réside dans :

 "...ce fameux éclat matinal d'un valet dépourvu d'une quelconque discrétion auprès de son roi, valet rapportant dans ses bagages exotiques la nouveauté diététique à la mode dans les plus nobles cours du monde (c'est à dire strictement d'Europe Occidentale, donc oui : du monde), j'ai nommé : le corn flakes. Valet souffrant d'un atroce défaut de postillonnage lui valant corvée de carreaux car l'eau était rare et la salive abondante chez lui, une bénédiction pour ce serviteur. Le valet de carreau insista ce matin là auprès de son bon roi occupé par la présente lettrine, minuscule traité d'importance capitale dont il fît pari qu'elle le deviendrait. C'était sans compter sur maître Lemé Guy de son prénom, intendant nonchalant du roi, avant tout fier de ses vieilles charentaises béantes de fatigue mais néanmoins tout dévoué à son grade.

Guy Lemé s'oposa au valet de carreau, non il ne passerait pas : "l'homme de haut rang ou tant, que vous désirez accoster ici et là et maintenant est proprement occupé à s'instruire d'un sujet délicat par la présente missive d'un minuscule traité d'importance capitale".

Le valet ne tenait plus "mais enfin laissez-moi passer, roi ! Mon roi ! hélait-il sans succès... si tant est si bien qu'à bout il lança un farouche "mon cher Guy Lemé, cessez les métaphores ou autre paraphrase et expliquez moi de fait, clairement le pourquoi de la situation ? Mon roi doit petit-déjeuner !!!"

Ce à quoi, offusqué, Guy Lemé se pinça les lèvres et maudit son valet de carreau de trois mots raisonnant encore dans les murs d'un imaginaire persistant :  "LE ROI LIT !" (Shakespeare ne m'en voudra pas !). Le valet de carreau avait joué là sa carte favorite, piquer au coeur son ennemi, le faire sortir de ses gonds, et se faufila sous le Guy Lemé médusé (mémé est usée ?!), atteignit le roi toujours dans sa lecture pour lui déclamer sur le ton adéquat au cérémoniel royal petit déjeuner :

"SIRE, CORN FLAKES !".

 Ses trois mots eurent tôt fait d'innonder le pauvre sire d'un véritable assaut salivaire. Une attaque, un bombardement qui ne laissa pas de côté la fameuse lettre d'un minuscule traité d'importance capitale. Cette lettre si grave n'en fût pas moins noyée, et le roi n'y put rien. Le roi ragea, et lorsque le sire rage, tout le monde en prend une couche. En premier lieu, notre pauvre Guy Lemé dut donc s'approcher pour la réprimande royale. "Guy Lemé, quel incapable vous êtes, toujours dans la formule, heing Guy Lemé ?! Incapable ! Sombre crétin ! Guy Lemé, vous m'exaspérez car de votre inaction ce valet de carreau put m'atteindre, et voilà qu'avec son "SIRE, CORN FLAKES !" il souilla ma lettre !!!" Et avant même qu'un début de balbutiement ne s'esquissât dans la tête de l'intendant, le roi conclua:

"Et Guy Lemé, une bonne fois pour toutes : FERMEZ-MOI CES CHARENTAISES !"

 

C'est ainsi que fût officiellement décidé que le "SIRE, CORN FLAKES" était dangereux pour les lettres... il n'en serait pas autrement."

 

 Qui sait si les siècles ne risqueraient pas de déformer quelques peu ces faits. Encore une fois, faits vérifiés et approuvés par l'intégralité de ceux qui sont d'accord avec eux-même, et donc inaltérablement dans la vérité absolue ! Bref...

 

 Il n'est pas toujours facile de décrypter le "d'où ça vient", et encore moins le "où va t'on". Ce qui est certain, c'est que lorsqu'un changement doit avoir lieu, il se fera nécessairement "à un moment précis". Il est illusoire de croire que la transition d'un système à un autre se fera toute seule, par petits coups et simplement avec le temps. Le temps a un effet, celui de lisser, de faire passer et surtout, d'oublier. Prenez le temps d'écouter un morceau de musique médiocre (par exemple un morceau au hasard de Kenjirac, le fils caché de Ken et de Goldorak - attention, deux scoops pour le prix d'un ! (crochet du droit) Ken a trompé Barbie avec Goldorak (et hypercut) qui est une femme ?!) et vous verrez qu'après plusieurs écoutes le morceau commencera à ne plus vous gêner. Vous en arriverez peut-être même à vous dire "ouais, c'est vraiment pas super, mais bon, là, oui, bon, ça va...". C'est ce que j'appellerai, et veuillez bien excuser mon vocabulaire quelque peu ultra super élitiste : l'abrutissement des foules.  Attention, "abruties" ne signifit pas "bêtes", "crétines", mais bien tellement matraquées qu'elles ne savent plus ou donner de la tête. Être abruti c'est recevoir tellement d'informations que l'on sature et termine par tout accepter, absolument tout ! Ce, qu'il s'agisse de musique médiocre, ou plus grave, de pensées nauséabondes.

 Alors oui, sur le moment, ça grince, l'accent circonflexe, le trait d'union etc... Il faut accepter le changement, même si je ne cautionne pas du tout la raison (qui n'a rien de raisonnable). Mais qui dans dix ans y pensera encore ? Ce sera oublié, et tant mieux. Kenjirac aussi sera oublié, et... tant mieux aussi !!! Par contre, qui se souviendra de l'abrutissement des foules orchestrée de manière à amener l'Europe dans le chaos des Grandes Guerres, qui se souviendra que depuis des décennies des paroles s'insurgent et nous alarment sur les dérives climatiques, sur nos dérives... Tout est là, nous avons tous, tous les éléments pour mieux comprendre, pour éviter, pour construire un monde  comme on compose une symphonie en sachant jouer avec les dissonances quand il le faut, en sachant équilibrer les tensions afin de faire sentir la vie dans une oeuvre. Mais le temps est là, et il efface beaucoup de choses, beaucoup trop de choses. Pour aller à l'encontre de cela, il suffit de se poser des questions : "pourquoi je tiens tant que ça à mes accents circonflexes ?", "pourquoi j'aime Kenjirac ?", "pourquoi j'ai pas encore finis de lire cette chronique ? (réponse à laquelle je vous répondrai immédiatement : parce que tout simplement je n'ai pas finis de l'écrire !")

 

 La page blanche, ça n'est pas un problème, parce qu'elle permet un espace, elle matérialise un potentiel. Alors qu'une page bien remplie est terminée, close, elle est fixe dans le temps, figée. Et parfois, plus souvent qu'on le voudrait, le temps nous fait dire que ce avec quoi nous avons rempli cette page est plutôt médiocre. Il y a alors deux solutions face à cette page médiocre :

- la faire lire et relire indéfiniment au plus grand nombre, et avec le temps ils la trouveront finalement pas si mal, ils auront perdu au passage tout sens critique (c'est accessoire !), et l'oublieront aussi vite

- ne pas l'oublier, apprendre d'elle pour ouvrir une nouvelle page blanche et créer à nouveau. Mais cette fois, les choses seront un peu différentes parce que l'on aura déjà une petite expérience. Et ainsi à chaque pas, apprendre, créer, apprendre, créer...